Fond National Suisse

Écrit par admin. Publié dans Projets de Recherche, Recherches

AmeyInterview Maître d’enseignement et de recherche Patrick Amey

Pouvez-vous tout d’abord nous parler du Fond National Suisse (FNS) et de son fonctionnement concernant la répartition des aides financières ?

Le FNS est une institution fédérale dont le siège se trouve à Berne. Elle attribue des bourses et des subsides à des chercheurs privés ou en réseaux qui travaillent surtout dans des universités. L’objectif du FNS est de développer des recherches fondamentales grâce à des fonds publics. C’est une institution constituée de plusieurs divisions : sciences humaines et sociales, biologie et médecine, projets interdisciplinaires, etc.… Le FNS est très utile pour les chercheurs, car il leur permet de s’engager dans des sujets spécifiques pendant de longues périodes, trois ans dans le cas de ma recherche, voire plus. Cela permet de développer en profondeur la recherche en engageant des gens le plus souvent à temps partiel. On peut donc faire des études à l’échelle nationale voire internationale. Le FNS favorise d’ailleurs des recherches qui prennent en compte un terrain, des corpus ou des échantillons présumés représentatif à l’échelle nationale, par exemple de toutes les régions linguistiques. C’est un point important dans la sélection des recherches.

Comment la sélection de votre projet s’est-elle déroulée ? Quels étaient les buts visés par le FNS ?

Je ne connais pas les raisons qui ont poussé le FNS à accepter mon projet. Il n’avait pas été retenu dans une première version. Un second projet remanié a été accepté : c’était après Fukushima et on peut envisager que ma problématique liée au nucléaire devenait d’intérêt public. Dans un contexte où la Suisse et l’Allemagne vont vers un abandon du nucléaire, il est important de connaître la perception des jeunes sur la question.

Dans la sélection des recherches subventionnées, le FNS repose sur deux expertises : une interne, effectuée par leur division des sciences économiques et sociales, et une externe, confiée à des professeurs et des maîtres d’enseignements qui restent anonymes. Le résultat parvient au chercheur six mois après le dépôt de son projet. Il y a trois catégories de projets : ceux d’intérêt crucial (catégorie A), d’autres sont refusés mais considérés dans la catégorie B et enfin ceux de la catégorie C, qui ont un intérêt moindre, parfois à cause d’un manque dans la construction de la recherche. Il y a un taux d’acceptation des sujets de 40% environ. Cela devient de plus en plus difficile d’être sélectionné car il y a beaucoup de concurrence. On est dans une logique de l’excellence. La moindre faille va servir à argumenter un rejet. Il faut être irréprochable. Il est difficile d’obtenir un fond du FNS.

Votre recherche s’intéresse à l’influence des discours d’information (cadrage de l’énergie nucléaire) sur les perceptions des jeunes suisses. Qu’est-ce que l’influence dans ce cas ?

Dans mon projet, l’influence s’opérationnalise de deux façons. D’une part, elle est mesurée via l’agenda, selon la théorie de l’agenda-setting de McCombs et Shaw. On cherche à savoir quels sont les agendas respectifs de plusieurs acteurs en Suisse (journalistes, public, experts, politiques) et ce que chacun dit sur le nucléaire à certaines dates. On cherche donc à savoir quels sont les acteurs qui possèdent le pouvoir d’imposer leur ordre du jour. D’autre part, on s’intéresse au cadrage, c’est-à-dire aux attributs d’un sujet qui orientent un discours et suggèrent des schémas d’interprétation. Ici, il s’agit du cadrage sur l’énergie nucléaire. Par exemple, comment les discours produits après le drame de Fukushima vont cadrer cet évènement mais aussi de déterminer quels sont les arguments avancés, les thèmes proposés, etc…

 Vous vous intéressez aux « jeunes ». Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par là ?

Il ne s’agit que de personne entre 18 et 25 ans. 18 ans parce que nous voulions qu’ils soient majeurs et avec une certaine maturité intellectuelle et 25 ans parce qu’on sait que ces jeunes ont des pratiques d’informations spécifiques (plus grande consommation de journaux gratuits, faible implication politique,….). A travers l’exposition à certains médias, notamment à des journaux de référence ou des journaux gratuits, il y a des cadrages différents. C’est cela notre hypothèse centrale : le cadrage sur le nucléaire est différent selon les sources d’information.

Est-ce qu’une telle recherche a été menée dans d’autres pays ?                               

A ma connaissance, ce sujet est très spécifique. Les théories du cadrage ont donné lieu à beaucoup de recherches, par exemple celles de W. Gamson. Il y a des chercheurs qui ont travaillé sur le nucléaire avec des « focus groups » pour mesurer ces cadrages et ces réceptions de messages informationnels, comme je suis en train de le faire. Mais, à ma connaissance, lier des populations de jeunes à des discours sur Fukushima est inédit et c’est ce qui rend l’étude intéressante.

Est-ce que votre recherche a déjà suscité un intérêt auprès des médias ?

Non pas pour l’instant. La recherche est répertoriée sur le site du FNS. Mais aucun journaliste ne m’a contacté pour le moment. Par contre, j’ai été contacté par un autre organisme. Il s’agit d’un grand groupe nucléaire qui était intéressé par les résultats et m’a invité à ce sujet. Je n’y ai pas donné suite, car le travail est en cours et les résultats ne sont pas encore définitifs.

On se rappelle que l’étude JAMES avait suscité un grand intérêt parmi les médias. Que pensez-vous de cette différence de traitement ?

Pour l’étude JAMES, il y a un travail de communication qui a été fait par le mandant, c’est-à-dire Swisscom. C’était dans son intérêt que l’étude soit médiatisée parce qu’on médiatise ainsi aussi le mandant. Les responsables de l’étude et Swisscom ont contacté le bureau de presse de l’Université qui a lui-même contacté les journalistes. Le FNS, quant à lui, ne donne pas forcément une conférence de presse pour chaque groupe de recherche qu’il soutient. Le bureau de presse de l’Université joue ainsi un rôle de médiateur. S’il trouve que votre sujet est intéressant, qu’il pourrait avoir un certain retentissement médiatique et donc valoriser les activités scientifiques des chercheurs travaillant au sein de l’Université, alors il préviendra les journalistes. Le bureau de presse de l’Université distille des informations jugées par anticipation dignes d’intérêt pour les médias. Les journalistes viennent alors s’ils anticipent eux-mêmes que le public sera intéressé. C’est toute une chaîne ou plutôt un écosystème au sens de P.-Y. Badillo.